Une autre référence de ce jeu pourrait être le film Karthoum
(1966), avec Charlton Heston, que je me souviens parfaitement avoir vu
enfant. L’auteur s’est librement inspiré
des faits historiques pour nous livrer ce petit wargame jouable en
solitaire. Le but du jeu est
simple : résister le plus longtemps et atteindre la fin du 12ème
tour, à savoir passer le mois de janvier 1985, pour voir enfin les secours
arriver. Khartoum est attaqué par 4 colonnes mahdistes nommées
« bannières » et disposant chacune d’un facteur « force »
qui évolue tout au long de la partie au gré de nos actions mais aussi des
cartes événements. A chaque tour le
joueur dispose d’un nombre d’actions variables, mais sachez que vous garderez
toujours le dernier point d’action pour élaborer votre défense. Un tour se termine par le
tirage d’une carte « Bannière » qui détermine d’où viendront une ou
plusieurs attaques mahdistes.
Dans un premier temps je me méfiais des cartes évènements,
tirées en début de tour. J’en attendais beaucoup d’imprévus, pour ne pas dire,
de catastrophes. En fait, ces cartes déterminent principalement le nombre de
points d’action disponibles et apportent leur touche d’immersion dans
l’histoire. La part d’imprévu reste raisonnable.
Quelques cartes évènements |
Les premiers tours consistent avant tout à organiser la résistance : fortification, construction de canonnières, milices… sans commettre d’erreur dans sa défense, ce qui pourrait amener une des bannières aux portes du palais du Gouverneur. Car les tables peuvent être impitoyables. Si j’ai craint – à tort – le hasard des cartes évènements, ou même des cartes bannières, les jets de dé m’ont paru très punitifs : il y a dans ce jeu un aspect « lutte contre la marée » qui peut être lassant, surtout quand la digue lâche…
Défense d’un fort puis activation de la bannière noire |
Le Lion de Khartoum est un wargame court et la règle de 13
pages est extrêmement claire avec des exemples limpides. Le playbook en est
quasiment inutile. Jacques Rabier
propose sur le site de l’éditeur une règle en français, d’excellente qualité,
avec ses tables de résultats traduites.
Des colonnes qui vous assiègent : c’est aussi le principe de Pandémie Chute de Rome ou de Levée en masse (VPG, les jeux du
Griffon) notamment. Ma première partie avait le plaisir de la découverte. Pour
ma seconde, j’avais ajouté deux règles
optionnelles : Gordon Pacha sur le champ de bataille et la valeur
incertaine des milices : les milices de civils, imprévisibles, peuvent vous
apporter malus, bonus ou rien du tout. En dépit de ces rajouts le plaisir fût
moindre. Pour ma troisième partie, je jouais le « Game supplement » de
l’auteur, un petit scénario en 5 tours, avec 2 cartes événements intervenant obligatoirement
aux tours 9 et 12 (dernier tour). Ce scénario me prit moins de 45 minutes (tri
des cartes événements, cartes bannières et mise en place inclus) mais j’ai tenu bon dans le Palais du Gouverneur…
La carte du jeu est agréable, les pions (en bois) plutôt jolis. Le choix a été fait de cartes en fibre de bois d’un millimètre d’épaisseur et donc peu maniables. Concernant toujours les cartes, leur impression est disons… hasardeuse : une seule carte très mal imprimée mais des dos de cartes qui permettent d’en reconnaître certaines. Le plus triste est que j’ai dû laisser la boîte ouverte avec son matériel plusieurs semaines dans mon garage, pour que s’atténue enfin, l’horrible odeur chimique qui s’en dégageait. Les forums indiquent que d’autres acheteurs ont fait la même expérience, avec séjour obligatoire dans le garage !
Carte des ressources et différents pions et marqueurs |
En conclusion, il s’agit d’un très bon petit wargame , avec les pas (steps) joliment représentés par des silhouettes, et différents facteurs de force des unités : raid/sortie/défense avec les trois tables de combats (ou de résultats) correspondantes. Pour autant, je ne pense pas y revenir très souvent.
Raid mené par Ali sur la bannière rouge avec le soutien d’une canonnière |
Mais si je devais un jour montrer à une personne parfaitement néophyte comment se joue un wargame, Le Lion de Karthoum serait le premier sorti. Et je tenterais alors certainement un mode coopératif pour lequel ce jeu paraît parfait.
Christian
3 commentaires:
La série des SoS est inégale malgré un système commun à tous les jeux. Pour avoir pratiqué pas mal de parties de Soviet Dawn, The lost cause, Empires in America, We must tell the Emperor, Keep up the fire, Levée en masse il y a du bon et du moins bon. Par exemple the lost cause sur la guerre de Sécession est très mécanique et quasi sans espoir. Le jeu joue ses armées qui avance inexorablement et on sait d'avance que la partie est perdue. A l'inverse dans We must tell the emperor sur la guerre du Pacifique, un espoir subsiste et des vrais choix s'offrent au joueur même si c'est pas gagné d'avance. Tout réside dans les à-côtés que l'auteur et le développeur du jeu plaqueront sur cette mécanique d'avance de troupes.
Je pensais que Lion of Karthoum était plus abouti que ce que tu en dis , un jeu avec certes son carcan mais rejouable quand même. J'ai discuté avec Jacques Rabier lors de l'OPJH sur son jeu sur Dien Bien Phu (The lost valley), et celui semble sortir de cette ornière de système.
Cher David.
Le jeu "The Lion of Karthoum" est particulièrement soigné en ce qui concerne les règles et la mécanique. Cependant , par sa durée et sa simplicité, il présente peu de variations. C'est un wargame mais aussi un jeu d'aventures. De ce point de vue il est réussi et plutôt abouti, mais le thème (comme Dien Bien Phu d'ailleurs) a un aspect dramatique qui ne fait pas rêver.
Je suis heureux de l'avoir parmi mes boîtes, et sans doute de pouvoir y jouer de temps à autre.
Je rajoute que je le trouve très bien équilibré.
Thanks for wrriting this
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